1h de circuit pour un siècle d’histoire d’Eylie

Envie d'en savoir un peu plus sur l'histoire des mines de Sentein ? Partez à la découverte du circuit historique d'Eylie !

Bonne balade !

 

Départ des gites d’Eylie : Prendre à droite en sortant des gites et suivre le GR10 direction sud-est. Le sentier traverse un petit groupe de granges et se poursuit à plat. Il arrive rapidement sur un gros tuyau qui servait à acheminer la calcite.

1 - Les mines de Sentein ont fermé en 1953, mais de 1961 à 1963 ainsi que de 1972 à 1974 plusieurs tentatives de réouverture ont été lancées. L’idée était de retraiter les stériles afin de récupérer un peu de minerai. On a également exploité la calcite pour faire des parkings et des pavés autobloquants. Cela ressemblait plus aux leurres d’une pêche aux subventions imaginée par le dernier exploitant couvert de dettes.

 

 

 

 

Juste au-dessus de nous, se trouve la station d’arrivée du câble de la mine de Bentaillou.

 

2 - L’ancien site d’extraction du Bentaillou se trouve au-dessus dans la montagne entre 1600m et 2100m d’altitude. C’était la plus importante exploitation et entre 1853 et 1953, 8 sociétés différentes, dont 3 Anglaises, ont tenté leur chance pour extraire du zinc, du plomb et un peu d’argent. En 78 années d’activités, les ouvriers ont arraché 100.000 tonnes de tout-venant du sous-sol, ce qui fut une aubaine pour limiter l’hémorragie des Biroussans qui partaient pour une vie meilleure vers le Languedoc, la Catalogne, le Bordelais, l’Espagne ou les Etats Unis. De nombreux emplois ont été offerts pour construire et installer des laveries, des forges, un bocard, une centrale hydroélectrique, des ateliers, des dortoirs, des cantines, des câbles va-et-vient, des bi-câbles et des monocâbles. Les ouvriers et mineurs ont ensuite percé des galeries, tunnels, descenderies et plans inclinés afin de ramener vers la surface la richesse de ce pays minier. La vie en altitude ou dans les galeries était difficile, les maladies et les accidents furent nombreux.

 

 

Descendre la partie rocheuse du GR10. Un peu plus bas, on remarque sur la gauche une autre arrivée par câble du minerai de la mine de Bulard.

3 - Il est impossible de s’imaginer la mine de Bulard sans y être allé. Le site minier se trouve sur la rive gauche de la vallée d’Orle dans une immense falaise de plus de 600m. C’est le « Machu Picchu » Biroussan baptisé par l’ingénieur Cholin quelques années après la fermeture de la mine. Malgré l’endroit impossible, les exploitants miniers, les ingénieurs et les directeurs qui découvrent au hasard des filons d’une richesse insoupçonnée, la surnomme la Reine de Pyrénées. C’est un autre monde pour les ouvriers et mineurs qui travaillent, s’épuisent et meurent dans la falaise, ils l’appelleront la Mangeuse d’hommes. Découvertes par la Castillon Mining Company en 1890, les premières lentilles de minerai de blende ne sont véritablement exploitées qu’à partir de 1901. En 18 années d’activité, la mine produit plus de 40.000 tonnes de tout-venant et malgré des salaires attrayants pour les ouvriers, l’effectif tourne chaque saison d’exploitation.

 

Aujourd’hui, il est possible d’avoir un aperçu de ce que pouvait être la vie de ces hommes dans la falaise en faisant la randonnée du Machu Picchu Biroussan !

 

 

Un peu plus loin sur notre gauche, se trouve la première usine électrique de la mine.

 

4 -  Vivre sans électricité nous parait impossible aujourd’hui, c’était pourtant le cas au début de l’industrie minière. Les broyeurs et concasseurs fonctionnaient avec des roues hydrauliques et les premiers câbles n’utilisaient que la gravité. Mais en 1879, après avoir fait bruler sa première lampe incandescente, Thomas Edison implante sa première centrale électrique à Manhattan. Il bénéficie du travail d’Aristides Bergès (Ariègeois né près de Saint Girons) et de ses techniques de mise au point pour les conduites forcées. Quelques années plus tard en 1901, une petite centrale électrique est installée sur le Lez. Elle sera améliorée en 1905 et développera une puissance de 123cv. Elle ne sera utilisée qu’en centrale de secours. 

 

 

Le sentier arrive sur un petit replat qui sert de lieu de bivouac aux randonneurs du GR10.

 

5 -  Long fil d’Ariane de presque 900 kilomètres qui relie tous les massifs pyrénéens, le gr10 est une traversée exceptionnelle qui franchit des dizaines de chainons aux panoramas changeants. Chaque jour est nouveau et l’émerveillement conjugue au quotidien, la randonnée, la nature, la vie, l’histoire, la géologie et l’économie. Nous voilà dans l’essentiel sur ce parcours parfois initiatique qui nous épure de notre superflu, en nous aidant à redevenir nous-même. C’est aussi une forme de thérapie qui nous aide à avancer dans les moments difficiles ou lorsque le cours de la vie se trouve bouleversé. Que l’on parte seul ou en groupe, le gr 10 est aussi un formidable lieu de rencontre d’un jour ou d’une vie !

 

 

Poursuivre le sentier à plat, franchir la passerelle et arriver jusqu’à la piste. On abandonne le GR 10 qui part à droite. Descendre la piste jusqu’au site minier du Bocard. Au niveau de la barrière, un raccourci évite un lacet de la piste qui rejoint rapidement une seconde passerelle. Nous voilà face aux bâtiments du Bocard qui servaient au tri et aux traitements des minerais de zinc, de plomb et de calamine.

 

6 - Bocard, vient du nom Allemand d’un concasseur et c’est ici qu’arrivait la recette des minerais exploités sur les sites du Bentaillou, de Bulard et d’Urets en territoire Espagnol. Le minerai était acheminé selon les époques, de différentes façons. C’est des charrettes à bœufs descendant une piste aérienne de 10 kilomètres qui ont inauguré les premières descentes du tout-venant puis une gouttière hydraulique construite dans un relief accidenté, n’a pas amené le progrès espéré. Les câbles va-et-vient puis les bi-câbles ont étés plus compétitifs mais la réussite fût dans le monocâble Etcheverry qui donna entière satisfaction jusqu’à la fermeture de la mine. Le traitement du minerai pouvait commencer dans les trémies qui l’orientaient vers la table de triage surveillée par une quinzaine de femmes. Les gros blocs étaient recassés à la masse pour être pulvérisés ensuite au concasseur à mâchoire. Un tamis oscillant sélectionnait les graviers. Ceux de plus 16 mm repassaient à la table de triage, les autres allaient vers les cribles ou les classeurs Spitzkastens.  Les tables de Wilfley et de Linkenbach préparaient la finition avant les barriques à chocs. Une nouvelle technique de traitement du minerai est ensuite arrivée. Elle permettait de concentrer les particules de plomb ou de zinc en les faisant « flotter » avec un collecteur qui le plus souvent était de l’huile de lin et de la créosote de houille ou du cyanure de potassium. Des bulles d'air étaient envoyées dans ce mélange ce qui permettait aux particules métalliques de se fixer à la surface. C’est alors du minerai marchand qui quittait le Bocard en fûts de bois pour le plomb et en sacs de jute pour le zinc. Les muletiers et plus tard le tramway le descendait dans la vallée vers Saint Girons. Il prenait ensuite la direction des fonderies françaises ou de l’Angleterre via les ports de Bordeaux et Marseille car les actionnaires de la première société minière (Ezpeleta et le baron de Boisrouvray) étaient aussi actionnaires dans la compagnie des chemins de fer du midi.

 

 

Sur la gauche, avant le pont, un mur de soutènement retenait les stériles et la gangue inutilisable.

 

7 - Les rejets de la laverie ont toujours été des matières encombrantes. Avant 1947, ils étaient stockés n’importe où, surtout le long de la rivière en espérant qu’une prochaine crue les emporte vers l’aval. Ces stériles et leurs résidus de métaux lourds n’ont étés pris au sérieux qu’en 2000 lorsque la concession fut refusée par ses héritiers. La DRIRE ordonna la fermeture définitive en l’absence de projet de cette concession devenue orpheline. Une mise en sécurité de l’état coupa les câbles des téléphériques et entoura les stériles de gabions afin de limiter la pollution de la rivière. En 2015 une étude sanitaire et environnementale apporta des conclusions peu alarmantes. Seuls les anciens lieux de traitement du minerai s’avèrent pollués. L’eau qui traverse les galeries est même potable, les moutons qui pacagent les estives peuvent être consommés normalement mais plusieurs jardins en bordure de rivière sont pollués en métaux lourds.

 

 

Franchir la passerelle et continuer la piste à droite. Aujourd’hui, un petit parking a pris la place des bâtiments qui servaient à loger des familles d’Espagnols venus travailler à la mine.

 

8 - Les ouvriers de la mine étaient tous des paysans qui avaient pour la plupart de petites propriétés agricoles. Ils n’oubliaient jamais de redescendre au fond de la vallée pour aider leur femme et leur famille aux travaux des foins, ce qui posa rapidement de gros problèmes d’effectif à la mine de Bulard que l’on ne pouvait exploiter qu’à la belle saison. Face à ces absences fréquentes, les sociétés minières se sont retournées vers de la main d’œuvre étrangère. Les Espagnols furent les premiers à venir travailler aux mines du Biros. Suivront les Italiens, les Magrébins et les Portugais. En 1910, dans le plein essor, les mines de Sentein et de Bulard employaient près de 500 ouvriers.

 

 

On découvre un peu plus loin sur notre gauche, une grande bâtisse appelée le "château du Bocard."

9 -  Construit en 1863 et 1864, ce bâtiment au grand confort, a longtemps été le logement des directeurs de la mine. Deux cent mètres carrés sur 2 étages plus les combles offraient un standing remarquable pour deux familles. De nombreuses pièces de vie, des bureaux, des salons formaient une architecture remarquable malgré la froideur du marbre souvent présent. Boiseries chantournées et parquets à bâtons rompus dessinaient le sol des chambres spacieuses. Une cuisinière et des femmes de ménage assuraient la bonne tenue de ce « château ». Au début des années 1980, il a été sérieusement vandalisé et les intérieurs complètement détruits. En 1999, la commune de Sentein a engagé de lourds travaux de charpente et de toiture pour le projet naissant d’un écomusée qui hélas n’a jamais vu le jour.

 

 

 

Le site du Bocard se termine à la petite centrale électrique de l’EDF qui achemine l’eau depuis le magnifique cirque de la Plagne.

 

10 - C’est le syndicat minier qui a hérité de ce chantier en construction et de cette grande révolution. Initiée quelques années plutôt, par la société Anglaise Nescus Company, cette centrale accueille une turbine Pelton de 500v qui actionne un alternateur en 220 volts triphasé. Bien qu’en très haute altitude, la mine de Bulard est alimentée en 1905 en électricité ainsi que celle du Bentaillou. L’industrialisation amène le progrès et c’est parfois un paradoxe lorsqu’on sait que les villes et villages de France ne seront éclairés qu’à partir de 1920, 1940 ou encore plus tard. La laverie et les bâtiments du Bocard sont éclairés et électrifiés également en 1905. Un an plus tard, les ouvriers électriciens réalisent l’exploit d’éclairer par des lampes à arcs le chemin de la falaise de Bulard. La perforation mécanique, plus gourmande en électricité oblige des lignes triphasées en 1909. La mine change de main en 1913 puis en 1919 et par un montage complexe de plusieurs sociétés, la Société Française des Mines de Sentein devenue minoritaire se trouve en fait gérée en 1929 par l’Union Pyrénéenne Electrique. Elle engage les chantiers colossaux de la construction du barrage d’Araing, de la mise en place d’une conduite forcée et de la construction de l’usine hydroélectrique d’Eylie en recyclant tous ses salariés sans emplois depuis la chute des cours du zinc de 1926. L’Union Pyrénéenne Electrique est nationalisée en 1946 comme bien d’autres sociétés électriques pour former la grande maison de l’EDF. La Société Française des Mines de Sentein transformée en Union Minière des Pyrénées se trouve alors dépossédée de sa centrale électrique et devra payer l’électricité ! Un lourd différend s’installera avec le dernier exploitant.

 

 

Continuer la piste qui descends, et passe devant une baraque en bois ainsi que plusieurs anciens logements des mines.

 

11 -  La petite baraque en planches était jadis une sorte de dancing où s’amusaient les jeunes des villages alentours. Ils côtoyaient et s’amusaient avec les jeunes étrangers dont les parents venus travaillés à la mine étaient logés au Bocard. Ni l’électricité, ni le tourne-disque, ni l’électrophone ne les empêchaient de danser sous les airs d’accordéon. La baraque était comble et il ne restait guère de place sur la piste de danse qui s’agrandissait vers l’extérieur. Le contact, la convivialité et les amusements étaient propices aux amourettes d’un soir et certains y ont trouvé l’âme sœur ! 

 

 

Un peu plus loin, notre circuit fait jonction avec la route goudronnée, que l’on remonte sur la gauche dès la bifurcation. La route traverse le hameau d’Eylie d’en bas.

 

12 - Depuis le recul des glaciers, les bergers ont investi les terres du Biros. Ils sont venus d’abord en nomades pour faire paître leurs bêtes pendant la belle saison, comme le font encore aujourd’hui les bergers à des altitudes bien plus élevées. Formant des camps avancés, ils ont amené familles et enfants jusqu’aux limites des terres exploitables que la pente et le climat imposaient. Ils ont redressé les pierres laissées là par le glacier quelques siècles auparavant, pour donner forme aux premiers abris. Leurs lieux d’estives de jadis ont formé petit à petit les hameaux de la vallée du Biros. L’architecture est surement née en même temps que l’exploitation du sol qui permettait de survivre par la culture et l’élevage. Mais ces villages ont connu la surpopulation vers 1800 et Eylie d’en bas comptait 60 habitants en 1820. Avec Eylie d’en haut, c’était près de 110 personnes qui vivaient dans ce fond de vallée. Vers 1850, les travaux dans les mines ont limité l’hémorragie de la jeunesse qui fuyait le pays. L’agriculture n’a plus nourrit son homme, les jeunes souvent poussés par les parents sont partis vers les villes pour des salaires plus attrayants. Les générations d’éleveurs n’ont pas été remplacées, les villages comme Eylie d’en haut n’ont eu leur route qu’entre 1970 et 1983 et se sont complétement dépeuplés. La population du Biros a chuté de 2600 habitants en 1900 à 1300 en 1949. L’hémorragie a continué et il n’en restait plus que 650 en 1966.  Aujourd’hui, avec près de 400 habitants, la courbe de la population semble stagner… 

 

 

En poursuivant les lacets de la route au-dessus du village on peut admirer l’architecture typique de plusieurs granges.

 

13 - Bâties par les paysans de la vallée, les granges étaient destinées pour abriter les brebis surtout en période hivernale. Le volume qui se trouve sous la charpente appelé « fenil » servait de lieu de stockage pour le foin qui était rentré en vrac. L’architecture est simple, les paysans ont utilisé les pierres du ruisseau ou d’une crête rocheuse pour monter les murs avec un liant de terre. Les chevrons appelés « cabirous » étaient des sections de frênes, de chênes, de hêtres ou même de bouleaux. Ils étaient prélevés sur la propriété ou parfois volé dans le domanial, pour constituer la toiture qui était recouverte du chaume de seigle ou de blé. L’ardoise n’a fait son apparition que tardivement sur le toit des granges car elle demandait une dépense supplémentaire ainsi qu’un savoir-faire de précision.  Il fallait également demander une autorisation payante d’extraction d’ardoises aux eaux et forêts de Castillon en Couserans. Les bâtisseurs d’antan avaient réfléchi à une multitude de détails qui facilitait leur travail d’éleveur tout en répondant aux assauts des tempêtes et de l’hiver. Faute d’entretien, la grange est un patrimoine qui disparait du paysage.  

 

 

Cent mètres plus loin, nous découvrons la chaine frontière avec l’Espagne au niveau des pics de l’Homme et de Villeneuve. On découvre, 2 virages plus haut,  le village d’Eylie d’en haut avant d’arriver au petit parking près du ruisseau d’où il sera facile de revenir au point de départ des gîtes d’Eylie.

 

14 - Aux gîtes d’Eylie, il faut différencier le gite d’étape qui vit le jour en 1979 pour accueillir les randonneurs de passage sur le gr10. La traversée pouvait enfin se réaliser en intégralité de l’Atlantique à la Méditerranée. Voyant le déclin de l’agriculture dans toute la chaîne des Pyrénées, l’association Randonnée Pyrénéenne eu la formidable idée de créer les gîtes d’étape. Le principe était simple : un agriculteur laissait un bâtiment à disposition des randonneurs de passage qui venaient dormir et se restaurer le soir à sa table. La randonnée venait au secours de l’agriculture en apportant un complément financier ainsi qu’un lien social aux habitants des hameaux menacés de solitude. Les gites ruraux sont des locations de weekend ou de semaine et tous ces hébergements ont ramené de la vie au village, un peu d’économie ainsi que la sauvegarde de bâtisses qui aujourd’hui seraient en ruines sans cette initiative.

 

Texte de Claude Taranne d’après la thèse de l’industrie minière de Claude Dubois ainsi que de nombreux témoignages des Biroussans.

 

Credit photos : Collection Claude Taranne, Bernard Nadaud, Bernard Lafage, thèse Claude Dubois, Pierre Couloume, Elsa Taranne, Cartes Postales